Kuru de Thomas Gunzig

Kuru, c’est une maladie à prion entraînant une encéphalite spongiforme découverte en Nouvelle-Guinée, liée à un rite funéraire cannibale. Kuru, c’est aussi un livre de Thomas Gunzig, auteur belge de 37 ans, publié au Diable Vauvert en 2003.

Il y a Fred, avec un oedipe énorme et non réglé contre son père, des mouches dans la tête, des migraines et qui ne sait pas quoi faire de sa peau. Il y a Katherine, qui est très belle, mais « découvre très tardivement la différence entre le mot hémorroïde et le mot éphéméride à la faveur de la lecture d’un dossier de Cosmo ». Elle est confrontée à de graves crises dans son couple. Elle découvre ses supers pouvoirs, pratique la magie et rencontre un bouc. Citons les autres, Kristine, intello engagée et dévouée, Pierre clone souffreteux à handicap physique, Paul brute révolutionnaire à qui il ne faut jamais parler d’Amérique du sud. On y retrouve également un couple subissant les méthodes d’un sexologue allumé, des armes non-létales, des gourous. Ensembles, ils s’engagent contre un sommet du G8 et fréquentent les milieux alter mondialistes gauchisés underground.

Thomas Gunzig traite tous ces sujets avec légèreté et décalage. Il nous offre la découverte d’une génération qui, à trente ans, entrent dans l’alter mondialisme comme on entre en religion avec l’excessivité, la sensibilité et le manque de modération d’un adolescent en pleine crise. Cette génération se sent investie d’une mission contre un capitalisme glouton qui a déjà absorbé et retourné la génération de 68. La force de ce livre est de prendre assez de recul pour traiter de manière décalée cet engagement. L’auteur ne se sent pas concerné par ces mouvements politiques contestataires et adopte un point de vue externe, se met à distance. C’est ce qui lui permet de dédramatiser la vision culpabilisante et manichéenne d’un mouvement alter mondialiste. Ainsi, des adultes immatures, utilisant un langage excessif et caricatural, présentent un sens dramaturgique ridicule de la mise en scène. Mais c’est une révolte d’attardés paranoïaques qui doit faire face à des forces de l’ordre réellement fourbes, calculatrices, mauvaises et vicieuses. Ce livre offre surtout une description hallucinante d’une manifestation antiG8 qui semble tellement réelle, laissant croire que l’auteur en a vécu à de nombreuses reprises dans sa vie. Il y a une forte originalité descriptive, un talent narratif qui fait dérouler l’histoire de cet engagement avec un décalage plaisant, amusant et surréaliste. On n’a pas assez parlé de ce livre, c’est sûr !

Un passage

« - Fait chaud, hein ? Faudrait l’air conditionné.
- L’air conditionné, c’est le cancer de l’ozone. C’est à cause de cons comme toi que nos enfants vivront dans un monde sans atmosphère. Le discours véhicule des idées et ce sont des idées comme les tiennes qui font que le monde va aussi mal. J’en ai marre de croiser des cons fascistes à tous les coins de rue [….]
- Ecoute, il fait beau, on va à une fête, mon copain ne pensait pas ce qu’il a dit et il s’excuse. Personne ici n’aime l’air conditionné et tout le monde trie ses déchets [….]
- Ahh oui ? ahhh oui ? et cette voiture, combien tu crois qu’elle fait de morts, l’essence que t’emploies entretien l’esclavage des villages birmans, le caoutchouc de tes pneus asphyxie les bidonvilles d’Amérique du sud et je suis sûre que tu ne sais même pas combien de litres d’eau tu consommes quand tu vas au Carwash !
C’était parti tout seul. Une gifle puissante qui avait claquée comme un pétard sur la joue de la lémurienne. »
Thomas Gunzig.

Liens utiles
- La page de l’auteur sur le site de l’éditeur, avec une petite vidéo.
- un dossier sur le rire en littérature.

Kuru de Thomas Gunzig
date de parution : 2005
éditeur : Au Diable Vauvert
nombre de pages : 272
prix : 19€


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