Le mythe de la démocratie de Lucian Boia

22510100999190L.gifLa démocratie est-elle utopique ?
Avant de tenter de répondre à cette question, Lucian Boia aborde ce sujet éthymologiquement en présentant des définitions de l’Etat ou de la Nation, puis passe en revue les concepts fondateurs tel que l’égalité, la liberté et la souveraineté du peuple. À partir des ces trois piliers fondateurs de la démocratie, l’auteur nous fait voir sous un angle nouveau l’histoire des constructions politiques du vingtième siècle tel que le modèle américain, soviétique ou français. Pour lui, la démocratie est un projet utopique qui a une histoire de plusieurs siècles et qui a eu un rôle majeur dans le façonnement du visage de la planète actuelle. Après cette approche historique et philosophique, il explique les différents concepts du suffrage universel, de la gauche progressiste, de la droite conservatrice, d’extrême gauche, d’extrême droite, du féminisme, du racisme sous un angle mécanique. Enfin, il fait un bilan de cette démocratie à notre époque, abordant la désillusion de cette utopie, vers quoi elle tend, et où elle s’est arrêtée, tout en souligneant le désintérêt du peuple une fois qu’elle lui a tant apporté.

Il faut être honnête, ce livre est difficile à commencer. L’auteur le présente comme une synthèse de pensées actuelles et non comme un livre technique et pourtant… c’est bien la technique qui prédomine ici. Une fois le premier effort effectué, un certain conditionnement ou entraînement du lecteur lui permet d’entrer dans les mécanismes et les rouages de la politique et de la démocratie, tout en lui rappelant les fondements et les bases du système. L’auteur bouscule les idées reçues concernant la monarchie absolue en France et la vision manichéenne enseignée dans nos écoles. Les différents modèles démocratiques de l’histoire de la planète sont également analysés selon la balance liberté et égalité. Partant du principe que ces deux concepts sont contraires, l’auteur précise, selon les pays, de quel côté a penché ou penche encore la balance. Cette partie du livre est passionnante. Lucian Boia aborde également le concept gauche-droite, des modérés aux extrêmes pour décortiquer le fonctionnement de ces mouvements, éclairés par les différentes expériences historiques. Le passage sur les extrêmes est perturbant car l’auteur les aborde sans aucun jugement de valeur, le but étant uniquement de comprendre comment fonctionnent ces extrêmes une fois en place et en quoi ils sont proches ou pas de la démocratie. Il explique pourquoi la gauche positionnée comme progressiste a une image sympathique, la droite conservatrice est présentée plus morose alors même que la frontière entre ces camps varie d’un pays à l’autre. Finalement, pour l’auteur, la démocratie est une idée utopique puissante, qui a pris le dessus sur les utopies religieuse et philosophique, et vers laquelle tendent les régimes actuels. Il souligne ses vertus, la capacité qu’elle a eu d’améliorer les conditions de vie du peuple. Sa conclusion plus technique précise que, comme toute utopie, l’ultime but ne sera jamais atteint. Le peuple ingrat a plutôt tendance à se désintéresser d’elle, abandonnant les idéaux fondateurs. L’auteur prophétise malheureusement un abstentionnisme grimpant en raison de ce désintérêt, grain de sable capable de gripper le mécanisme.

Pour l’anecdote, ce livre a été publié en Avril 2002, écrit peu avant un record d’abstentionnisme dans la cinquième république française. Le mythe de la démocratie, libre de toute démagogie ou idéologie, est très instructif, et donne des clés importantes pour comprendre ce qui se passe dans notre pays. Il faut être motivé, mais c’est un livre passionnant.

Un passage

Ainsi, la gauche exprime le mieux la conception Tocquevillienne : la démocratie, en premier lieu, c’est légalité.(…) Son hostilité au libéralisme économique serait compensée par son attachement aux libertés d’ordre intellectuel et moral ; la gauche entend stimuler la liberté d’esprit, elle dénonce l’autoritarisme et le nationalisme, et fait preuve d’ouverture en matière familiale et sexuelle. Somme toute, la gauche est généreuse. Elle aime les gens. Beau tableau, et mythologie de surcroît ! (…..)
Tout ce qui n’est pas de gauche se trouve automatiquement rangé à droite. Au début, la droite regroupait les forces conservatrices. À l’époque, le libéralisme était de gauche ; ensuite, il est devenu de droite, apparemment dépassé par le progrès. (….) Elle serait donc plus libérale que la gauche en matière économique, mais moins libérale en matière intellectuelle et éthique, et conservatrice sur le plan social. Parfois elle manifeste des tendances autoritaires. Un état dirigé à la droite, moins engagé économiquement et socialement qu’un régime de gauche, est plus musclé quand il s’agit de maintenir un ordre établi. La droite est aussi reconnaissable par ses réflexes nationalistes (jurant avec l’universalisme de la gauche). Faisant la somme, il s’ensuit que la droite est égoïste, dans la même mesure où la gauche est généreuse. Même si elle peut s’avérer parfois plus efficace, son problème est qu’elle ne présente pas un visage très sympathique !
Belle collection de clichés, issus pour la plupart des laboratoires de la gauche, pour le bon motif que, intellectuellement, la gauche est dominante dans les sociétés démocratiques (le rôle des intellectuels étant de critiquer les insuffisances du présent et d’imaginer les solutions alternatives, sinon carrément des utopies (fonction sociale et culturelle qui s’accorde beaucoup mieux avec la gauche que la droite).
Malheureusement, ce modèle idéal ne colle pas toujours à la réalité. La plus facile des expériences, si on veut inverser les rôles – un peu injuste pour la gauche (mais la gauche n’est pas non plus toujours juste avec la droite) - est de mettre face à face la défunte Union Soviétique et les Etats-Unis….

L’auteur

POZA_SEPIA_BOIA_RETUSATA.jpg Lucian Boia est professeur d’Histoire à l’université de Bucarest. Présenté comme spécialiste de l’imaginaire, il a publié La mythologie scientifique du communisme en 2000 et Pour une histoire de l’imaginaire en 1998. Il publie par la suite des essais sur le climat, sur le vieillissement de la population, Jules Verne et également son pays La Roumanie.


Le mythe de la démocratie de Lucian Boia
date de parution : 2002
éditeur : Les Belles Lettres
nombre de pages : 176
prix : 15€


Un commentaire pour “Le mythe de la démocratie de Lucian Boia”  

  1. 1 Artiste

    Si tous les blogs pouvaint être aussi jolis et intéressants aque le tien, ce serait bien ;) bonne continuatio ! a+

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