Je suis une légende de Richard Matheson

Encore un livre sur les vampires pourrait-on dire…
Après le succès commercial de Anne Rice sur Lestat le Vampire, dont le premier opus, Entretien avec un vampire en 1976, rendu célèbre grâce au film de Neil Jordan (1994), on pourrait penser que rien n’a été écrit de mieux sur le sujet. Certes. Mais uniquement quand on n’a pas fouiné dans la littérature américaine du mileu du 20ème siècle où repose une petite perle trop peu connue. Car Je suis une légende (1954) dépasse amplement le thème du vampire : à la croisée de la science fiction et de la littérature post-apocalyptique, Je suis une légende relate l’histoire de Robert Neville, barricadé dans la maison où sont mortes son épouse et sa fille afin d’échapper aux hordes de vampires qui rodent, chaque nuit, près de ses fenêtres pour en faire un des leurs ; un homme qui veut échapper aux visions lascives des femmes mortes-vivantes qui l’attirent vers l’extérieur ; un survivant qui calcule le temps, inlassablement, pour ne pas se faire rattraper par l’obscurité ; un individu, seul, qui répare, perfectionne, fabrique tous les outils et objets qui chaque jour permettent la survie. Mais un homme dont la seule force réside dans la résignation…

Je suis une légende pourrait n’être qu’un livre de plus sur le sujet, mais il y réside une atmosphère d’angoisse mêlée d’excitation et de désespoir inédite. Car Néville résiste sans savoir pourquoi, avec abnégation, et Néville veut comprendre : le livre s’engage alors dans la voie d’un récit puissant dont le suspense permanent est d’autant plus haletant qu’il se dépose subrepticement, par petites touches, de page en page, par le biais de détails proches de notre quotidien, tellement proches qu’ils en deviennent angoissants : les rencontres répétées avec les vampires encore enfants ; un chien que Néville veut apprivoiser, seul indice de son humanité encore triomphante, ou encore la belle Ruth, apparition attirante…

L’attachement du lecteur au personnage et son identification sont réels, ce qui est rare dans ce type de récit, car une question récurrente obsède le cœur du livre : comment devient-on vampire ? Comment Neville peut, lui, échapper au destin de l’humanité : l’humain est devenu un monstre sanglant, qui est donc cet homme qui résiste dans cette humanité qui a muté ? Le récit va parcourir tous les clichés de la littérature d’anticipation, mais chaque fois en leur donnant une modernité jamais égalée. L’issue du récit est fondée sur un volte face parfaitement orchestré, palpitant, qui fait de ce livre un vrai bijou du genre et qui abîme le lecteur dans une angoisse amusée.

Rien à voir apparemment avec l’adaptation cinématographique qui vient de sortir avec Will Smith dans le rôle titre ! Si vous voulez voir à quoi ressemble un vrai récit de science fiction, réfugiez-vous dans le livre de Richard Matheson, Je suis une légende, vous y serez bien au chaud !

L’auteur



Né en 1926, Richard Matheson, journalise de formation, a sans cesse testé de nouvelles pratiques littéraires dans ses récits d’anticipation, s’efforçant souvent de jouer avec la question du mode de narration pour donner un souffle nouveau à ses récits. Ainsi, dans les années 50 va-t-il explorer dans plus d’une centaine de nouvelles l’anticipation et la science fiction. Très célèbre, rapidement, il va surtout exercer son talent dans les années 50, ses derniers romans ayant perdu quelque peu de la flamme novatrice qui avait fait ses débuts. Il participe cependant à l’écriture de scénario de cinéma ou de séries, dont les célèbres Twilight Zone et Star Trek. Ses derniers romans n’ont pas rencontré le succès espéré, mais le talent inégalable de Matheson n’a peut être pas pour autant dit son dernier mot…


Quelques liens
Biographie de Richard Matheson sur Fluctuat.net
Je suis une légende sur Wikipedia
Critique du livre sur Le Cafard Cosmique

Je suis un légende de Richard Matheson
date de parution VF : 1955
éditeur : Folio SF
nombre de pages : 228
prix : 5€


3 commentaires pour “Je suis une légende de Richard Matheson”  

  1. 1 ReiXou

    Je confirme tout le bien dit sur ce bouquin.

    Enchainer sur “L’homme qui rétrécit” et “Le jeu homme, la mort et le temps” permet de prolonger le plaisir. Je vous recommande fortement ces 3 bouquins.

  2. 2 nemo

    Clair !!! superbe bouquin, par contre évitez de voir les adaptations cinématographiques entre autre celle des années 70 avec Charlton Heston qui occulte le propos du livre et n’en fait qu’un film de survivant post apo de série b !

  3. 3 Karis

    Excellent bouquin il est vrai…

    Par contre, je ne cracherai pas sur le film avec Will Smith, d’abord pour ses images d’un New york déserté ensuite pour son parti pris intéressant, qui est de ne pas refaire le livre (à mon avis c’est d’ailleurs impossible), mais de proposer une intéressante réflexion sur la solitude (d’où les importants écarts scénaristiques). Le film n’est pas un chef d’oeuvre, mais une sacré bonne surprise à partir du moment où on ne cherche pas la comparaison avec le boouquin…

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